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Traité élémentaire de la peinture/076

La bibliothèque libre.
Traduction par Roland Fréart de Chambray.
Texte établi par Jean-François DetervilleDeterville, Libraire (p. 62-63).


CHAPITRE LXXVI.

Des endroits où la lumière ne peut être réfléchie.

Les superficies des corps épais sont environnées de lumières et d’ombres qui ont des qualités différentes. On distingue deux sortes de lumières ; l’une qu’on appelle originale, et l’autre qu’on appelle dérivée : la lumière originale est celle d’un corps, qui ne la reçoit point d’ailleurs, et qui l’a dans lui-même, comme le feu, le soleil et même l’air, qui en est pénétré de tous côtés, quoiqu’il la reçoive du soleil. La lumière dérivée est une lumière réfléchie, une lumière qu’un corps reçoit d’ailleurs, et qu’il n’a point de lui-même. Venons maintenant au sujet de ce chapitre. Je dis qu’un corps ne réfléchira point de lumière du côté qu’il est dans l’ombre, c’est-à-dire, du côté qui est tourné vers quelque lieu sombre, à cause des arbres, des bois, des herbes qui l’empêchent de recevoir la lumière ; et quoique chaque branche et chaque feuille reçoive la lumière vers laquelle elle est tournée, cependant la quantité de feuilles et de branches forme un corps opaque que la lumière ne peut pénétrer ; elle ne peut pas même être réfléchie sur un corps opposé, à cause de l’inégalité des surfaces de tant de feuilles et de tant de branches ; tellement que ces sortes d’objets ne sont guère capables de réfléchir la lumière et de faire des reflets.